La dissolution du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) au Burkina Faso: l’enjeu de l’avenir des effectifs des gardes présidentielles africaines

by Niagalé Bagayoko · March 29, 2016.

Le Burkina Faso constituera sans doute, dans les années à venir, l’un des laboratoires d’observation d’un processus de réforme du système de sécurité pouvant être mené de manière véritablement inclusive, dans la mesure où la volonté de réforme est partagée par la population, les autorités nationales et une partie importante des forces de défense et de sécurité elles-mêmes. L’attitude loyaliste de ces dernières a notamment favorisé dans une large mesure l’échec de la tentative de coup d’état perpétrée en septembre 2015 par des éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) au Burkina Faso.  L’extradition par la Côte d’Ivoire en février 2016[1] de l’un des individus impliqués dans ce coup de force avorté a rappelé que le traitement qui sera réservé aux membres de l’ancien Régiment de sécurité présidentielle (RSP), dissous le 25 septembre 2015 par les autorités de transition, sera l’un des premiers tests de cette volonté partagée de réforme. Cette dissolution du RSP faisait partie des exigences formulées de longue date par la population et la société civile et était réclamée de manière plus déterminée encore depuis le début de la transition.  

Présenté comme une véritable « armée dans l'armée », le Régiment de sécurité présidentielle (RSP) a été au cœur des arcanes du pouvoir pendant vingt ans. Le principal responsable de la tentative de coup d’état de septembre 2015, le général Gilbert Diendéré, est à l’origine de sa création en 1995[2]. Héritier du premier bataillon du Centre national d’entraînement commando (Cnec) de Pô et officiellement chargé d’assurer la sécurité du chef de l’État, le RSP était composé au moment de sa dissolution de 1300 soldats, soit près de 10 % des effectifs de l’armée burkinabè. Les moyens importants dont était doté ce régiment ainsi que la responsabilité qu’il détenait de conduire des opérations sensibles ont suscité des frustrations chez les autres corps de l’armée.

Le cas du RSP pose la question de l’avenir des membres des gardes présidentielles en Afrique, qui sont avant tout des corps d’élite, composés d’hommes parfaitement formés et entraînés. En effet, l’arrestation et la marginalisation des chefs de telles unités ne règlent pas la question de l’avenir du reste de leurs effectifs. Le fossé qui a toujours existé entre le RSP et le reste de l’armée, en raison du traitement de faveur réservé au premier, s’est creusé à la faveur des affrontements ayant opposé le RSP aux forces loyalistes après l’échec du coup d’état. Le rétablissement de relations de confiance mais aussi de travail quotidien entre les anciens membres du RSP et d’autres catégories de l’armée sera essentiel pour la réforme de l’appareil de défense et de sécurité burkinabé. C’est pour l’instant l’option de leur dispersion au sein de différentes unités qui a prévalu. Cependant, afin d’éviter que les éléments du RSP, souvent très aguerris, ne deviennent potentiellement des éléments de déstabilisation, il convient de réfléchir au plus tôt à leur reconversion et à la meilleure façon de favoriser leur intégration au sein de leurs nouvelles unités d’affectation. Certains ont ainsi évoqué la possibilité d’affecter les éléments du RSP non-compromis par des abus politiques ou envers les populations au sein d’une nouvelle unité anti-terroriste ; d’autres ont semblé privilégier l’option de l’envoi d’un grand nombre d’entre eux au sein de contingents burkinabé déployés dans des opérations de paix[3]. Leur affectation à des missions de protection des hautes personnalités peut également être envisagée.

Le cas du RSP renvoie plus largement à la problématique des gardes présidentielles – parfois dénommées « gardes républicaines » – que l’on trouve encore dans certains pays africains. Officiellement, ces gardes présidentielles ont pour mission de protéger le chef de l’État dans ses lieux de résidence ou lors de ses déplacements à l’intérieur du pays et à l’étranger. Leurs membres sont habituellement recrutés dans les rangs militaires et de la gendarmerie. Cependant, les gardes présidentielles sont souvent des corps prétoriens, presqu’exclusivement constituées sur la base de leur loyauté envers le Président de la République et souvent davantage vouées à la défense du régime plutôt qu’à celle des institutions dont le chef de l’Etat n’est que l’incarnation. Elles sont le plus souvent mieux équipées et entraînées que le reste des forces armées tout en jouissant fréquemment d’un statut spécial. Elles bénéficient également d’un certain nombre d’avantages matériels ou sociaux auxquels n’ont pas accès le reste des forces armées. Ce sont ainsi des forces de sécurité autonomes bien qu’elles soient techniquement assujetties à la juridiction des forces armées.

Les gardes présidentielles apparaissent dès lors comme l’une des manifestations majeures de la compétition pouvant exister au sein même des forces armées et des chaînes de commandement parallèles qui résultent d’une telle compétition. Tout en étant formellement intégrées à la chaîne de commandement des forces armées, ces gardes ne relèvent pas, le plus souvent, du chef d’état-major, et ne sont responsables que devant le Président. Cependant, au-delà de la souhaitable normalisation du statut et du fonctionnement des gardes présidentielles ou de leur démembrement pur et simple en cas d’abus, la spécificité du parcours et des compétences des membres de ces unités devra être prise en considération dans tout processus de réforme des systèmes de sécurité des pays concernés. 

[1] http://www.rfi.fr/afrique/20151112-burkina-faso-commission-enquete-rapport-identifie-auteurs-putsch-coup-etat

[2] En présence d’une délégation de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), une cérémonie symbolique de désarmement du RSP a parachevé, le 7 octobre 2015, la disparition de cette unité d’élite. Le même jour, le Général Diendéré a été inculpé d'«atteinte à la sûreté de l'Etat».  

[3] En octobre 2015, le Burkina Faso était le 11ème contributeur de troupes aux opérations de maintien de la paix des Nations unies, avec un total de 2523 militaires déployés. 

Discussion

Anicia Lala
May 27, 2016 4:12:18 PM

Chère Niagale,

Merci d'avoir soulevé cette question importante dans le contexte du Burkina Faso. Les gardes présidentiels (GP) ont tendance à être un acteur négligé quand l’analyse des parties prenantes en RSS est effectuée, et des programmes conçus. Exemples africains démontrent de façon récurrente que leur potentiel de perturbation est élevé, précisément parce qu'ils sont sous près aucune surveillance (interne ou externe), et fonctionnent sous les ordres directs du président, en suivant la dynamique de la sécurité du régime. Des exemples de manipulation délibérée par présidents, impliquant des gardes présidentiels et coups d'État abondent en Afrique de l'Ouest. Autrefois, la Mauritanie, le Nigeria, la Guinée, le Niger, le Togo et le Liberia étaient notoires.

Mais des exemples inquiétants viennent aussi d'ailleurs sur le continent, et en particulier en rapport avec les défis de la DDR. Au Mozambique, où la dynamique de la sécurité du régime était loin de la sophistication de ses équivalents Afrique de l'Ouest, les unités GP ont été exclues du processus de DDR effectué par ONUMOZ, dans le cadre de la mise en œuvre de l'accord de paix de 1992. Quelques années plus tard, le même corps de la GP a fait appel à recevoir des paquets de démobilisation et de retraite égales à ceux que les forces armées avaient reçus. Après avoir été accueillie avec indifférence ils ont fait recours à une action agressive, tenant leur gestionnaire en otage afin d'attirer l'attention du président. En dépit des assurances des autorités que leurs préoccupations serions abordées, pendant la nuit, ils sont devenus la cible d'une agression par la police de réaction rapide et par un groupe de commando des forces armées. Selon leur témoignage détaillé dans les médias, certains membres du groupe ont été tués et enterrés dans des tombes anonymes à l'intérieur de la garnison militaire du régiment de protection de l'époque. Les autres hommes ont été physiquement et psychologiquement torturés, puis envoyé au pénitencier à haut risque, et ensuite soumis à la réinstallation forcée (Zambeze, 28/06/2008). Ces actions n’ont pas été l'objet d'une procédure judiciaire ou autre type d'enquêtes et de réparation, favorisant l'impunité parmi les forces de sécurité, et en général. 

La plus grande leçon à tirer de cette témoignage anecdotique est que toutes les unités de sécurité doivent être impliquées dans les programmes liés à l’RSS, en risquant que l’exclusion les peut rendre en saboteurs du processus à un stade ultérieur, ou en groupes vulnérables et abusés, même si appartenant précédemment à l'élite.

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