Le vol de bétail et la RSS

Initialement connu comme une pratique motivée par des raisons culturelles et de survie, le «vol de bétail» s’est de nos jours transformé en une activité criminelle répandue. Dans certains cas en effet, les raids de bétail peuvent impliquer jusqu’à une centaine de voleurs et sont accompagnés de violence physique, ce qui en fait un grave problème de sécurité souvent favorisé par la prolifération d’armes légères et de petit calibre (ALPC).

Le passage de ce phénomène de pratique culturelle en activité criminelle semble s’être opéré sur tout le continent africain. Auparavant, il s’agissait d’une pratique culturelle consistant à voler un ou deux taureaux dans le cadre des rites de passage ou de la dot. Ces dernières années, le vol de bétail est devenu un problème sécuritaire et humanitaire à cause des pertes en vies humaines occasionnées par les raids armés, et du déplacement forcé des personnes suite à la perte de leur moyen de subsistance.

Cette page présente certaines mesures communément prises à Madagascar, au Lesotho, en Afrique du Sud, en Ouganda, au Kenya et au Nigéria pour endiguer le vol de bétail, ainsi que les difficultés rencontrées dans leur mise en œuvre.     

Vous pouvez prendre connaissance du rapport élaboré par l’ISSAT et intitulé Cattle Rustling and Insecurity in Africa: A Comparative Perspective, en suivant le lien indiqué. Le rapport contient de plus amples informations sur les mesures mises en œuvre dans les pays susmentionnés, ainsi que des indications détaillées complètes sur les conclusions et recommandations formulées par l’ISSAT et d’autres études.  

MISE EN PLACE D’UNITES DE POLICE SPECIALISEES

Un large éventail de mesures a été mis en œuvre par les services de sécurité nationaux, notamment la surveillance des troupeaux par des forces de sécurité afin de dissuader les voleurs, des incursions armées et des unités spécifiquement formées pour lutter contre le vol de bétail. En Afrique du Sud, au Niger et au Kenya, des unités de spécialistes ont connu un certain succès dans la lutte contre le vol de bétail, grâce à une communication claire et une coopération avec d’autres services de sécurité. 

Défis:

  • La corruption qui sévit dans les services de sécurité et dans d’autres institutions -tout comme les liens existant entre ces acteurs et les voleurs- entrave considérablement la lutte contre le vol de bétail. Dans certains pays, des personnalités de haut niveau se trouvent directement impliquées dans ce processus en facilitant l’écoulement de la viande volée vers les marchés légaux.   
  • L’insuffisance en termes d’effectifs, d’équipements, de communication, de munitions et de ressources de transport constitue un sérieux obstacle dans la lutte contre ce phénomène. Bien que des cas de succès aient été enregistrés, les services de sécurité arrivent souvent trop tard sur les lieux ou ne disposent pas d’assez de munitions et font face à des voleurs mieux armés, une situation qui rend leur action inefficace dans la protection des bétails.  

LA CONTRIBUTION DES COMMUNAUTES/ POLICE DE PROXIMITE

En fournissant des renseignements aux services de sécurité et en participant aux campagnes de sensibilisation de la population, les communautés ou associations locales ont contribué aux efforts visant à contrôler et soutenir le secteur de la sécurité dans la lutte contre le vol de bétail. Ces dernières sont également parvenues à réagir face à des situations d’urgence, en attendant l’arrivée des services de sécurité.    

Défis:

  • La mauvaise communication entre les services de sécurité et les communautés locales est souvent à l’origine du retard observé dans l’intervention de ces services sur le lieu du raid.
  • Les voleurs sont de plus en plus lourdement armés, ce qui amène les communautés à prendre peur ou à trouver tout soutien au service de sécurité trop risqué.   

DES PROCEDURES JUDICIAIRES

Il est important de rappeler les efforts fournis pour prévenir le vol de bétail et obtenir justice pour les victimes. Les communautés locales ont également réagi à travers l’instauration de procès et des tribunaux de droit coutumier, où les chefs locaux –ayant souvent un meilleur niveau de connaissance et de compréhension du vol de bétail- peuvent présider des procès.   Par ailleurs, ces systèmes locaux peuvent souvent aboutir à des procès rapides et informels assortis d’indemnisations pour les propriétaires de bétail, à l’inverse des systèmes judiciaires centralisés. Au Kenya, ces tribunaux traditionnels jouissent d’un statut juridique lorsqu’ils traitent des cas de vol de bétail.

Défis:

Le nombre peu élevé de poursuites engagées en raison des problèmes qui minent le processus à tous les niveaux : des difficultés liées à la collecte des preuves, ainsi que des procédures lentes et laborieuses provocant une surpopulation des prisons. De même, la difficulté ou l’incapacité à justifier la propriété des troupeaux constitue un grand problème en l’absence de marquage et d’étiquetage des bêtes.  

DES PROGRAMMES DE DESARMEMENT

Qu’il soit volontaire ou forcé, le désarmement reste l’approche privilégiée par un certain nombre de pays dans la région. Dans certains cas en effet, le processus de désarmement a été soutenu à travers des programmes destinés à l’amélioration de la résilience des communautés locales, notamment par une fourniture de moyens de subsistance alternatifs.

 

Défis:

  • Les éleveurs ont dû recourir aux armes pour se prémunir contre les voleurs. Et même après le départ des programmes de désarmement, les communautés ont toujours le sentiment d’être vulnérables aux agressions. En Ouganda, les services de sécurité ont joué un rôle efficace dans l’introduction des mesures de sécurité alternatives parallèlement aux programmes de désarmement.  
  • Dans les localités où le désarmement a été forcé, les voleurs se sont dotés d’armes plus sophistiquées, entrainant ainsi une violence exacerbée.

L’IDENTIFICATION

L’utilisation des puces électroniques et la radio-identification ont rendu possible le suivi et le contrôle du cheptel. Par ailleurs, le recours à cette technologie peut avoir un effet dissuasif sur les voleurs et endiguer le phénomène. Cela pourrait également aider à justifier la propriété des bêtes lors des procès où, souvent, l’absence de marque et d’autres preuves entravent sérieusement la procédure.   

MECANISMES MIS EN PLACE AU NIVEAU REGIONAL

En 2008, l’Organisation de coopération des chefs de police de l’Afrique de l’Est (EAPCCO) a adopté le Protocol on the Prevention, Combating and Eradication of Cattle Rustling in Eastern Africa. Ce document décline diverses mesures adoptées, notamment des lois, le marquage et l’étiquetage des animaux, le renforcement des capacités des services de police et des frontières, ainsi que des programmes de sensibilisation de la population. Toutefois, ce dernier n’est pas encore entré en vigueur.

Le Mifugo Project a été lancé par l’EAPCCO et l’Institute for Security Studies en vue d’implémenter certaines mesures adoptées dans le protocole de 2008. Malheureusement, ce projet a été abandonné en raison du manque de financement.