Zimbabwe -Formation des chefs traditionnels en matière de gouvernance

Contexte

Au Zimbabwe, les autorités traditionnelles sont les gardiens de la loi et des pratiques coutumières. Pour la majeure partie de la population, elles constituent une interface essentielle entre la communauté et l'État. L’importance sociale des chefs traditionnels est reconnue dans le droit étatique qui habilite ces derniers à prendre des décisions sur des questions relatives au domaine foncier, à la gestion des ressources naturelles et à la vie familiale en milieu rural. La nouvelle Constitution du Zimbabwe approuvée en 2013 renforce le pluralisme juridique dans ce pays.

Dans le climat de violence politique et de peur généralisée qui a marqué les échéances électorales de ces dernières années, les chefs traditionnels ont souvent été accusés de collaborer et de servir les intérêts de la ZANU-PF, parti au pouvoir depuis l’indépendance du Zimbabwe en 1980. La recrudescence des violences et des tensions au niveau communautaire a poussé la représentation locale de l’International Rescue Committe (IRC) à mettre sur pied un programme de formation reparti sur deux ans et sensé rappeler aux chefs traditionnels non seulement les responsabilités qui leur incombent en vertu de la loi, mais aussi les normes fondamentales de professionnalisme. Intitulé « Supporting Traditional Leaders and Local Structures to Mitigate Community-level Conflict in Zimbabwe » (Aider les chefs traditionnels et les institutions locales à prévenir les conflits communautaires au Zimbabwe),  ce projet a été réalisé pendant une durée de 24 mois allant de 2012 à 2014, avec l’appui financier de l’USAID  et la collaboration de la Fondation des Ressources Juridiques (LRF).

Point d'entrée

Les chefs traditionnels sont des agents stratégiques du changement au sein de leurs communautés.   En raison des accusations formulées contre ces derniers, le projet IRC/LRF visait à combler ce sérieux manque de connaissances par le biais d’une initiative axée sur le renforcement des capacités. Le projet ciblait l’ensemble des chefs situés à tous les niveaux du système des chefferies traditionnelles (chefs coutumiers, chefs de canton et chefs de villages) de Mutare et Mutasa, deux districts ruraux de la province du Manicaland. L’objectif principal était de « prévenir la violence et promouvoir des relations positives à l’échelle communautaire par un renforcement des capacités des chefs traditionnels, afin de permettre à ces derniers d’exercer efficacement leur rôle, de prendre des décisions éclairées et de résoudre les conflits de manière pacifique». 

Les activités comprenaient deux séances de formation de 3 jours avec des groupes de villages, séparées d’un intervalle d’environ trois mois. Cinq programmes ont été exécutés par l’IRC, deux étant destinés aux chefs de villages et les trois autres, aux chefs de communautés. Les séances s’étalaient sur les six modules suivants: Structure du gouvernement local au Zimbabwe; Leadership et communication; Résolution et gestion des conflits; Genre et leadership traditionnel; Assemblée de district et leadership local et Gestion des ressources naturelles. Les modules étaient dispensés sous forme de cours théoriques, de jeux de rôles et de travaux en groupes. 

Enseignements tirés

L’étude d’évaluation menée par l’USAID avait pour but de répondre à deux questions. La première essayait de savoir s’il existe un lien entre la formation et les progrès en matière de gouvernance, tandis que  la seconde essayait de déterminer si la cohésion sociale s’est renforcée ou relâchée au sein de la communauté. La problématique sous-jacente est d’évaluer l’efficacité des opérations visant à réglementer les institutions traditionnelles, comme tentent de le faire plusieurs gouvernements. 

Des résultats ont montré une différence concrète entre les villages dont seuls les chefs avaient suivi la formation et les villages où les autres chefs de communautés avaient également été impliqués.   Ainsi, dans cette dernière catégorie (villages où plus de leaders avaient été formés), la formation s’est révélée plus apte à changer la gouvernance traditionnelle, ceci de deux manières. D’une part, elle a créé un individu capable d’exercer un contrôle sur l’action du chef de village. D’autre part, elle a doté les chefs de village d’une capacité d’informer un plus grands nombre de personnes sur le cadre juridique régissant les fonctions d’un chef traditionnel.

Comme souligné par l’étude d’évaluation, les chefs des villages où la formation a été plus étendue ont mis l’accent sur un certain nombre de choses, notamment le fait que le chef de la communauté les avait aidés à « se rappeler » de la loi, agissant ainsi comme un contrepoids à leurs pouvoirs. Aussi, ce dernier avait mené une sensibilisation efficace sur le cadre légal, notamment auprès des groupes -les jeunes par exemple- sur lesquels le chef de village n’exerce qu’une influence limitée. Dans le même temps, les insuffisances de ces activités ont été documentées. Celles-ci portaient sur les mesures comportementales indiquant que les chefs traditionnels ne s’étaient pas montrés davantage consultatifs ou fermement attachés à la gouvernance consultative. Ces derniers « seraient devenus plus habiles à s’entourer de personnes favorables à leurs idées en invitant aux réunions des membres de leurs familles et des personnes dociles ». 

L’étude a relevé deux éléments. D’abord, l’efficacité des efforts de réglementation dépend de la manière dont ils sont conçus. Des séances de formation destinées aux chefs de village et dispensées par les chefs de villages eux-mêmes sont susceptibles d’avoir un faible impact. Mais lorsque d’autres chefs de communauté y sont impliqués, elles produisent un impact considérable,  car la « pression horizontale » exercée au lendemain de la formation par ces acteurs et d’autres citoyens est nécessaire pour opérer un changement dans la gouvernance traditionnelle. En d’autres termes, les activités de renforcement des capacités des chefs traditionnels devraient également prévoir des mécanismes permettant d’améliorer leur responsabilité. Ensuite, certaines modifications dans les procédures peuvent accroitre les conflits entre les différents groupes et réduire la confiance entre les membres de la communauté. En clair, un choix pourrait s’imposer entre la nécessité d’encourager la consultation et celle de maintenir la cohésion sociale.

L’étude menée met également en garde contre la faible prise en compte des considérations liées à l’étude d’impact dans les projets portant sur le renforcement des capacités.  La transparence de la gouvernance implique également une meilleure connaissance des tensions sociales et des divergences d’opinion existant entre les citoyens.  Afin de ne pas provoquer ou aggraver des conflits, il est nécessaire de procéder à un examen sérieux des relations de pouvoir existant au sein de la communauté, et des possibles changements ou défis apportés par le renforcement des capacités.    Même si les institutions traditionnelles peuvent se montrer plus respectueuses des notions de bonne gouvernance, de transparence et de consultation, les changements inhérents aux politiques de gouvernance traditionnelle se solderont toujours par des gagnants et des perdants au sein de la communauté.  

Ressources

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