Montée, chute et éventuelle mutation d’ISIS au Maghreb

Depuis sa création en 2013, l’Etat islamique (ISIS) a largement recruté au Maghreb et a cherché à renforcer sa présence de multiples façons, que ce soit en créant des cellules de recrutement et de cellules opérationnelles ou en s’appropriant et en administrant des territoires.1 En Libye, profitant de l’anarchie et du vide sécuritaire créés par le conflit qui a commencé au milieu de l’année 2014, ISIS a mis en œuvre la première extension de sa stratégie de territorialisation en dehors de l’Irak et de la Syrie. En Tunisie, il a organisé des attaques spectaculaires visant à saper la transition démocratique et a tenté, en vain, de prendre le contrôle d’une partie du territoire. Dans l’ouest de la Tunisie et l’est de l’Algérie, certains de ses affiliés, parfois issus de groupes jihadistes précédemment liés à al-Qaeda, mènent une guérilla de faible intensité dans des zones montagneuses difficiles d’accès. Au Maroc, ses opérations ont échoué, mais il est parvenu à recruter des centaines de personnes.

Le nombre relativement élevé de combattants maghrébins qui ont rejoint ISIS, en particulier à partir de la Tunisie et du Maroc, et la réussite de son implantation en Libye, ont fait craindre en 2014-2015 que le groupe puisse s’installer davantage au Maghreb et déstabiliser une région à la croisée de l’Europe, du Moyen-Orient et de l’Afrique. Depuis lors, ISIS a cependant essuyé des revers dans ses principaux territoires au Levant et au Maghreb face aux Etats de la région, à divers acteurs infraétatiques et aux puissances internationales. Le défi consiste aujourd’hui à tirer parti de ces revers, notamment l’élimination probable d’une grande partie des dirigeants d’ISIS aux niveaux local et mondial, pour veiller à ce qu’il n’ait pas la possibilité de se regrouper ou de muer en un nouveau type de menace.

Le présent rapport, qui se fonde sur le travail de terrain de Crisis Group au Maghreb depuis 2011 et une recherche plus ciblée menée depuis 2015, vise à replacer l’évolution d’ISIS dans la région et la réaction qu’il suscite dans son contexte, en mettant en lumière d’où provient le groupe, comment il s’est adapté à diverses situations locales, et l’efficacité avec laquelle les Etats et les acteurs non étatiques y ont réagi. Il évalue d’abord le phénomène des combattants étrangers du Maghreb qui rejoignent ISIS en dehors de leur pays, puis examine l’expansion d’ISIS au Maghreb et les politiques menées par les Etats de la région pour le contrer. Enfin, ce rapport propose des principes pour consolider les acquis dans la lutte contre ISIS et résoudre certains conflits violents sous-jacents ou tensions politiques et sociales qui créent un environnement propice au recrutement jihadiste.

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