Le mouvement #MeToo et le besoin d’un nouveau regard sur la RSS dans les pays occidentaux

by Marissa Fortune · November 30th, 2018.

 

Cela fait un peu plus d’un an que le New York Times publia pour la première fois les histoires des victimes d’Harvey Weinstein et de ses abus sexuels systématisés. L’onde de choc qui traversa l’industrie du divertissement lança un débat international sur l’insécurité général que vive au quotidien les femmes de ce monde. L’une après l’autre, les femmes prirent la parole narrant ainsi leurs histoires d’harcèlements et d’agressions sexuelles et, au travers du mouvement #MeToo,  une forme de solidarité militant pour un changement d’état d’âme se manifesta. Ce que l’on peut retenir de cette mouvance sociale c’est surtout le réel besoin de changement attendu depuis trop longtemps. Que se soient de meilleures pratiques corporatives, des formations aux consentements ou encore des politiques de « tolérance zéro », ces mesures ne sont plus suffisantes dans une société où la violence envers les femmes est un symptôme d’une crise socio-culturelle et d’un secteur de la sécurité fondamentalement imparfait. Tandis que les Etats-Unis et d’autres pays développés s’engagent pour renforcer les capacités du secteur de la sécurité dans les pays en développement, le mouvement #MeToo est la preuve que ceux-ci devraient aussi s’intéresser à leurs propres structures sécuritaires.

La réforme du secteur de la sécurité (RSS) correspond au réalignement de tous les acteurs, de leurs rôles, responsabilités et actions pour gérer et opérer leurs systèmes de sécurité de manière à respecter les normes démocratiques, les principes de bonne gouvernance ainsi que les droits de l’Homme afin d’instituer un cadre sécuritaire fonctionnel. La RSS a pour but d’assurer un contrôle démocratique et civil du secteur de la sécurité et de faire en sorte qu’il soit efficient, abordable et efficace. La plupart des praticiens de RSS mette l’accent sur la notion de sécurité humaine qui considère de manière holistique les différents facteurs affectant les individus en ce qui concerne le sentiment d’être en sécurité. Le secteur académique et de la mise en œuvre de la RSS s’est récemment  concentré sur l’importance d’incorporer  une analyse sur la question du genre lorsque l’on parle de sécurité. Puisque les femmes et les hommes ont un regard différent sur ce qu’est la sécurité, il est nécessaire de prendre en compte cette nuance. Si l’on ignore les préoccupations sécuritaires des femmes, cela revient à déconsidérer la sécurité de plus de la moitié de la population mondiale et ainsi, « Les approches de la RSS qui ignorent les questions de genre failliront à remplir leurs objectifs quant à la l’octroi d’une sécurité effective et responsable pour tous ». (Bastick, 2018).

Quelles sont donc les implications du mouvement #MeToo pour la RSS? Les témoignages de femmes partageant les violences auxquelles elles ont fait face ont mis en lumière les tares du secteur de la sécurité dans les pays développés. Il a été démontré par les faits et les statistiques que les États-Unis et autres pays développés échouent systématiquement à protéger les femmes des violences fondées sur le genre ce qui remet intrinsèquement en question la définition même de ce qu’est une crise sécuritaire. Prendre en considération la sécurité des femmes et adopter une approche fondée sur le genre à la sécurité revient à conceptualiser la sécurité comme étant la diminution de toutes les formes de violences et d’inégalités telles que les violences domestiques, les viols, la pauvreté, la subordination des femmes, les marginalisations économiques et les destructions environnementales.   

L’insécurité des femmes provient d’une variété de sources comme le risque de violences sexuelles et genrées, du harcèlement, de l’inégalité salariale ou encore le manque de services de santé accessible et abordable ainsi que les obstacles à un accès équitable aux services juridiques. On estime qu’une femme sur cinq subira des violences sexuelles au cours de sa vie et que la plupart de ces violences ne seront pas signalées. Une étude du centre de contrôle et de prévention des maladies a conclu qu’aux États-Unis, l’homicide est une des causes principales des morts prématurées de femmes âgées de moins de 44 ans et que 55.3% de ces homicides sont commis par leur partenaire. Plutôt que d’être une source de stabilité, les relations intimes sont devenues des menaces à la sécurité et au bien-être des femmes dans beaucoup de cas. Sur les campus universitaires, le viol de femmes et d’hommes a atteint des proportions épidémiques et plus de 90% des incidents ne sont pas reportés par la police. La défaillance des services de sécurité en ce qui concerne la prévention et la protection contre ce type de menace ainsi que l’échec accablant des systèmes légaux pour rendre justice aux victimes peuvent être considérés comme un symptôme d’une grave pandémie au sein du secteur de la sécurité occidentale. Ceci ne prend même pas en compte les taux plus élevés de violence à l’égard des personnes transgenres, queer et individus non-binaires ou encore les dimensions ajoutées de races, de classe et d’indigénéité. Prendre en considération les spécificités de chacun afin que le secteur de la sécurité puisse offrir une base de protection nécessitera un travail de titan.

Bien que le concept de RSS ne soit pas communément appliqué aux pays développés, il convient d’inverser la tendance. Une réforme du secteur de la sécurité est sérieusement nécessaire and prétendre le contraire revient à conserver le statuquo et mettre les femmes en danger. Le secteur de la sécurité dans les pays développés doit se munir de mécanismes efficaces pour prévenir et contrer les violences fondées sur le genre ainsi que pour garantir la parité hommes-femmes dans les institutions liées à la sécurité. De meilleures politiques sont nécessaires afin de façonner un environnement qui prendra en compte les préoccupations sécuritaires spécifiques aux femmes pour protéger les citoyens des menaces intérieures et extérieures. Il est temps d’avoir une conversation sérieuse pour contester l’hypothèse que les états occidentaux ont atteint « l’étape finale » du développement sociétal. Bien que les pays développés soient souvent les acteurs clés dans le soutien des processus de RSS dans des contextes d’après-conflits, de transition ou de développement, ils se retrouvent rarement confrontés à leurs propres lacunes en matière de sécurité et, aujourd’hui, il est juste d’affirmer que cette époque est révolue.  

Discussion

Marissa Fortune
6 mai 2019 à 15:40:50

Hi Thammy, Thanks so much for the comment! I wholly agree with the position that this is as much an issue for men as for women. So often we confuse “gender” with “women” when really it’s about addressing the underlying gendered constructions that make sexual violence possible. There is a great need to address the role that toxic masculinity plays in conflict-related sexual violence, and in gender-based violence across contexts. It’s encouraging to see more and more men begin to take interest in gender analysis and the value that it brings to the study of conflict but there is definitely still a long way to go!

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Thammy Evans
6 mai 2019 à 13:46:13

Indeed the role that the security sector plays as a deterrent, and its role in tacitly condoning such behaviour if the security sector does not react with due diligence and justice, is a very important one. There is also the equally important role of the perpetrator. As Jackson Katz says, violence against women is (also) a men's issue  And some of the root causes and drivers of such behaviour are societal and psychosomatic . There is much to be done here also to prevent downstream violence and recurrence of violence handed down through poor inter-personal skills, communication and means of addressing lower level conflict before it becomes violent.

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Mirko Daniel Fernandez
22 janv. 2019 à 12:10:53

Thank you Marissa for reminding us about the importance of donor credibility when trying to mainstream gender equality into SSR interventions. In regards to your last statement, I would like to add that for many women and girls from marginalised communities, who do not share the same image appeal of the average Hollywood star, time was up long ago but society in general, tended not to react in time when demanding and offering protection for them against gender-based violence (GBV). This is unfortunate and highlights for a need for an intersectional approach to security and justice provision whether as part of an SSR support initiative or an unassisted national reform process. Key women’s organisations working at the global level to advocate for gender equality have recognised that an intersectional approach has been slow to integrate into GBV strategies in spite of influential organistions such as WILPF providing clear guidance for its application. However, some western countries like Canada are actually trying to do this, although some may argue the actual efforts are not enough. Regardless, there are some important lessons to be rescued from the Canadian experience for SSR which I believe can complement your blog. The Missing Women’s case from British Columbia, Canada provides a very sad but interesting example of how a police force in a Western Country reformed towards a more intersectional approach to policing or unbiased policing, particularly for GBV prevention and intervention. In this example, during the 1990’s and early 2000, nearly 50 women from Vancouver’s Downtown East Side, the vast majority of them women of First Nations or indigenous decent, continued to be reported missing. Police recognised they did not respond effectively with internal and external inquiries identifying inherent bias in the police institution as a root cause of the problem. You can call this Vancouver’s first #MeToo movement as many women, including murdered victims, from these communities continually sought protection by police and other state institutions. This tragedy would later influence the reform of the Vancouver Police Department or VPD.The recommendations from the inquiries were incorporated institutionally by the VPD and Royal Canadian Mounted Police. The recommendations included the creation of civilian oversight mechanism (currently the IIO) and greater engagement with First Nations and women’s organisations in developing internal policies and guidance including Code of Conduct and including performance indicators. This process also lead to amendments to the Police Act were brought into force in January 2012 (p. 18) which established the authority for the director to set binding provincial policing standards for all police agencies in British Columbia. Additionally, this process also had impact on policing standards nationwide. From this experience it is very interesting to observe how groups in positions of vulnerability for reasons based on societal discrimination were able to influence policing standards. Elements of the missing women’s tragedy can be found in Canada’s current foreign policy. Finally, as you rightly mentioned change is still needed, corporate practices need to improve, and recognition that consent training and ‘zero tolerance’ is not enough. I would like to add to this by stressing a need for an intersectional approach to protect the more vulnerable.

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Valentin Wagee
4 déc. 2018 à 14:01:40

Dear Marissa, Thanks a lot for your work and for the enriching read! It is indeed the responsibility of the international community to make sure that mainstreaming gender is a priority in security sector reform programmes and assistance. You might want to take a look at the work of the work of the NATO Committees on Gender Perspectives, which aims at integrating a gender perspective in Organizations' operations and processes. I believe they are about to publish their annual report. Best regards, Valentin

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