Les nouvelles technologies au service de la RSS - La Blockchain et ses multiples applications.

by Etienne Sompairac · September 12th, 2018.

La réforme du secteur de la sécurité (RSS), en tant que domaine en constante évolution, se doit de s’adapter aux nouvelles tendances afin d’optimiser ses solutions et développer des procédés plus efficaces. Pour ce faire, il est dorénavant nécessaire de prendre en considération le potentiel des nouvelles technologies et comment celles-ci peuvent soutenir la mise en place de réformes durables. Les piliers fondateurs d’une réforme du secteur de la sécurité réussie sont la transparence et la responsabilisation des acteurs, deux facteurs pouvant être garantis par l’intégration de la blockchain au processus de réforme. Ce blog n’a pas vocation à répondre à toutes les questions mais plutôt à initier la conversation. Les applications possibles de la blockchain au secteur de la RSS dépendront de la créativité des experts et des priorités affichées. Cette invitation au débat se concentre sur les problèmes de contrôle budgétaire et du besoin de transparence et de responsabilisation des acteurs sur un fond thématique de lutte anti-corruption. Il est cependant tout à fait imaginable que la blockchain puisse être adaptée à d’autres thématiques structurelles et organisationnelles comme l’établissement de statistiques, de contrats publics, la gestion du personnel, de matériel, d’informations ou encore la coordination entre différents services et bien d’autres. Pour illustrer la fiabilité de cette technologie, la première application de la blockchain dans le secteur de la défense est une messagerie instantanée sécurisant les échanges de communications de l’armée américaine.

En bref, la blockchain est un système de stockage de données décentralisé administré par un réseau d’acteurs prédéterminé qui permet l’enregistrement d’échanges de données. Les données sont sauvegardées sur plusieurs serveurs plutôt qu’un serveur central ce qui les rend invulnérable aux attaques extérieures. Les données sont contenues dans « blocs » interconnectés qui sont individuellement scellés via une clé cryptographique unique. Une fois enregistrées, les données ne peuvent pas être modifiées rétrospectivement sans altérer le contenu de tous les blocs suivants. C’est-à-dire que les données inscrites ne peuvent pas être transformées ou dissimulées,  un atout conséquent lorsque l’on souhaite assurer transparence et responsabilisation. En somme, la blockchain trouve son utilité lorsqu’il s’agit de traiter, de conserver et de gérer d’importantes bases de données. C’est un outil transparent, fiable, efficace et imperméable aux modifications frauduleuses venant de l’intérieur comme de l’extérieur qui est peu coûteux et facile d’utilisation.

Le manque de transparence s’ensuit souvent de corruption, un problème récurrent et difficile à gérer. L’application de la blockchain à la gestion des budgets et à l’allocation des ressources donnerait la possibilité à tous les acteurs concernés d’exercer un droit de regard sur la destination et l’utilité des fonds. Impliquer les organismes de contrôle et de médiation permettrait de faciliter leur exercice tout en garantissant un contrôle externe. Étant donné que le relevé des transactions est inaltérable et disponible pour tout membre du réseau, le détournement de fonds serait bien plus compliqué. Bien que la méthode ne fut pas encore appliquée au secteur de la sécurité, il existe des initiatives gouvernementales pour s’attaquer à la fraude et à la corruption dans la gestion de titres fonciers comme au Brésil avec la plateforme Serpro ou en encore en Géorgie  avec une plateforme intégrée à l’agence nationale de registre public. Un registre du cadastre et des titres de propriétés fut établi afin de garantir l’intégrité de ces données et prévenir de futurs contentieux ou fraudes.

La mise en place de ce protocole de contrôle pourrait aussi permettre aux autorités de diminuer le phénomène de défiance institutionnelle. En renforçant la transparence et en garantissant un suivi impliquant une multitude d’acteurs, les institutions au cœur du procédé gagnerait en légitimité en interne mais aussi et surtout aux yeux du public. Ainsi, ces institutions obtiendraient plus de soutien, plus de marge de manœuvre, ferait face à moins de défiance et optimiserait leur fonctionnement au travers d’une meilleure image ce qui mènerait à une capacité opérationnelle plus fluide. La transparence est une étape clé pour une mise en œuvre réussie des réformes du secteur de la sécurité et l’application de la blockchain au secteur pourrait assurer sa mise en vigueur.

La transparence du milieu de la sécurité va de concert avec la responsabilisation de ses acteurs. Une fois qu’un certain degré de transparence est atteint, tenir pour responsable les acteurs concernés devrait être facilité. D’une part, les acteurs impliqués seront naturellement dissuadés de commettre des infractions car ils auront connaissance du système de contrôle mis en place. D’autre part, dans le cas échéant où des exactions seraient commises, les données entrées dans le système seront éventuellement analysées par les organismes de contrôle et la personne en charge pourrait être nommément tenue responsable. En outre, cela permettrait aussi de mettre un terme aux pratiques de surfacturation. Par exemple, le Mexique a développé une plateforme utilisant la blockchain pour la signature de contrats publics afin d’en finir avec la corruption endémique du secteur.

Pour mettre en place une utilisation plus élargie de la blockchain dans le domaine de la RSS, les étapes suivantes sont à considérer :

1-      Sensibiliser les acteurs au potentiel de la blockchain dans le processus de RSS.

2-      Engager une réflexion d’experts sur les applications les plus prometteuses de la blockchain à la RSS.

3-      Établir des partenariats institutionnels avec des organes gouvernementaux.

4-      Mettre en place la technologie encadrée de protocoles et structures institutionnelles.

5-      Former le personnel à l’utilisation de cette technologie.

6-      Établir une unité de soutien encourageant rapports et commentaires.

Cependant, il est important de comprendre que la blockchain n’est qu’une technologie. Cela signifie qu’elle n’est pas déterminante en soit et qu’elle n’est qu’un outil pour atteindre un objectif identifié. Ce sont la validité des données entrées ainsi que la capacité institutionnelle des organismes de contrôle qui détermineront l’efficacité de l’application de la blockchain au processus de RSS. La véracité des données doit pouvoir être vérifiée de manière concrète ce qui pourrait être initialement réalisé via un examen des dépenses publiques. Le procédé doit aussi être suppléé d’une refonte structurelle des institutions. Autrement, l’initiative peut aboutir à un échec de par la fausseté des informations enregistrées comme ce fut le cas au Honduras avec la plateforme développée par Epigraph.

Incorporer la blockchain à la RSS pourrait se révéler être une opportunité fructueuse. Cette technologie de précision est peu coûteuse en capital et en équipement, nécessite peu d’expertise à l’utilisation et a le potentiel de renforcer la transparence ainsi que la responsabilisation des acteurs du secteur de la sécurité. Dans un futur proche, la blockchain pourrait devenir un outil indispensable pour renforcer les processus de réformes institutionnelles. Aujourd’hui, il est nécessaire de lancer le débat, d’étudier les possibilités et comment la technologie pourrait être appliquée. Renforcer l’impact et la compétence des projets futurs au travers de nouvelles technologies est une perspective que chaque acteur impliqué dans le processus de RSS devrait consciencieusement considérer.

Discussion

Etienne Sompairac
4 oct. 2018 à 11:29:07

Hello Eren,

First of all, I apologise for getting back to you only now and I would like to thank you for these interesting questions.Implementing blockchain technology to SSR could foster donor cooperation by sharing a common register and allowing the free flow of information. Donors would be able to better map needs for funding and identify which areas they should focus on. Greater coordination between donors through the blockchain would translate to a funding optimisation and enabling projects to be complementary. Overall, it could have a great impact in terms of efficiency, donor transparency and project coordination.

Regarding global uses of the blockchain, there are some projects in place although there are not directly connected to SSR. Yet they demonstrate that a potential application to the sector is conceivable. For instance, Ever-ledger developed solutions to track products and build trust in those products. They created global registers for diamonds, minerals, art, wines which are preventing counterfeits. When it comes to diamonds and minerals, it can also prevent conflict on resources from spreading. More directly linked to SSR, there are initiatives on establishing voting registers on the blockchain and allowing citizens to vote electronically. It could translate to greater institutional trust and more efficient government services.

The blockchain technology's possible applications are so diverse and have the potential to be extremely disruptive for both governments and industries. As Greg Medcraft, director at the OECD Directorate for Financial and Enterprise Affairs, puts it, blockchain technology could be a technological advance comparable to the launch of the Internet.

Here are some more resources on the topic:

Transparency International

- World Economic Forum

- The Economist 

OECD

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Eren Özalay-Sanli
25 sept. 2018 à 14:04:38

Hi Etienne, thanks for this blog post, it got many of us thinking on how it could benefit SSR. Do you think the implementation of the blockchain technology could also contribute to increased donor cooperation in SSR? A registry of all SSR projects, funding. Did you come across any global uses of blockchain in addition to the country specific uses you mentioned like Serpro? Looking forward to your comments

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