Nouvelles perspectives de lutte contre la radicalisation : quelles réponses préventives ?

by Lara Stoppini · July 24th, 2018.

Au cours de ces dernières années, la menace « terroriste djihadiste » connaît une expansion transcontinentale. Les causes sont multiples. La combinaison de contestations politiques non résolues et de sous-développement constitue un champ favorable à la radicalisation et au terrorisme. Ce contexte a inspiré aux autorités politiques des réformes importantes de la gouvernance du système de sécurité national.

Les termes de radicalisation et de terrorisme sont très étroitement liés. Il est néanmoins nécessaire de les distinguer, dans la mesure où un individu adhérant à une idéologie radicale ne conduit pas inévitablement à un acte violent. En effet, tous les radicaux ne sont pas terroristes. La radicalisation est le processus d’adoption progressive d’une pensée rigide revendiquant un changement radical de la société par des moyens menaçant les structures et institutions démocratiques. Notons qu’au niveau international, les Nations Unies ne proposent pas de définition claire commune. Ceci pouvant entre autres s’expliquer par une volonté historique des Etats de garder une forme de souplesse dans la gestion de ces questions.

L’expansion de ce phénomène a donc vu la radicalisation progressivement s’inscrire à l’agenda sécuritaire des autorités ayant investi beaucoup de moyens. Or, les gouvernements prennent progressivement conscience qu’une réponse uniquement basée sur du hard power s’avère être  insuffisante sur la durée. Au contraire, étant donné qu’il est impossible de tout sécuriser et d’assurer un risque zéro, davantage de sécurité peut même favoriser la radicalisation, de par sa tendance à stigmatiser et marginaliser certains individus. Ainsi, une forte volonté politique préconise désormais le développement d’une approche préventive dans la lutte contre le terrorisme, à savoir : apporter une réponse continue, sur le long terme et concevoir le problème dans sa globalité.

De nombreux experts se sont penchés sur les moteurs de la radicalisation. La radicalisation prend racine dans un terreau propice à son développement, constitué de facteurs externes et internes. Dans la littérature ressort un large éventail de causes. Il y a d’une part ce que l’on appelle les facteurs externes où le contexte structurel, tels que la marginalisation économique et sociale, l’échec de la gouvernance, les violations des droits de l’homme ou encore l’abus de l’Etat et des forces de sécurité. D’autre part, les facteurs internes, à savoir les motivations plus personnelles, telles que le sentiment de frustration, le chômage ou le manque d’opportunité. Cette liste non-exhaustive n’implique pas que chaque facteur soit un « signal » nécessaire de radicalisation conduisant à un extrémisme violent, car c’est un phénomène qui, en plus de n’être pas linéaire, dépend de multiples facteurs.

Malgré cela, les gouvernements et agences de sécurité ont été particulièrement intéressés à trouver des modèles afin de repérer la présence de signes et d’étapes avant-coureurs dans le changement de comportement. Les acteurs en charge de la lutte contre la radicalisation ont également cherché à identifier un profil type d’un individu radicalisé et potentiellement engagé vers une voie violente. Or, il ressort de la littérature qu’il n’en existe pas. Il y a certes des éléments que l’on retrouve dans les parcours de vie, tel que le fait d’être de la deuxième ou troisième génération d’immigrés.  Néanmoins, les profils des individus saisis par ce phénomène divergent et évoluent, d’où la difficulté pour les chercheurs de dresser un profil-type.

Ces modèles qui catégorisent de manière relativement simple un mécanisme complexe sont pourtant fort bien accueillis par les agences de sécurité qui se réjouissent de pouvoir mettre des descriptions spécifiques sur des concepts flous. La radicalisation est un processus mental difficile à déceler et délimiter, c’est pourquoi il n’existe pas de processus évident de causalité, ce qui rend délicat l’articulation de réponses programmatiques et politiques cohérentes.

Ainsi, pour aborder un phénomène que l’on ne comprend pas entièrement, il est indispensable d’adopter une perspective préventive. La prévention combine à la fois certains principes de politique de sécurité, comme la surveillance par exemple et les politiques d’intégration et de cohésion des communautés. Certes les mesures préventives sont difficiles à évaluer et moins spectaculairesque des mesures de sécurité en aval. Il est néanmoins nécessaire de les envisager pour agir en amont du processus. Pour mettre en place des mesures de prévention, il s’agit de concevoir le problème dans sa globalité pour envisager le désengagement de la violence. Autrement dit :

  1. Prendre en compte tous les paramètres de la société comme le chômage, le dysfonctionnement du système éducatif ou l’exclusion sociale. Autrement dit, s’attaquer aux causes profondes, telles que la ghettoïsation.
  2. Concevoir des politiques avec un large éventail d'organismes gouvernementaux et d’intervenants non gouvernementaux. En outre, impliquer les femmes et les jeunes dès le début du processus.
  3. Consulter tous les secteurs communautaires et établir une relation de confiance afin de déterminer les défis particuliers auxquels ils font face et les solutions qu'ils offrent pour y faire face.
  4. Encourager un plus grand partage des bonnes pratiques et des leçons apprises entre les pays.

Le processus de radicalisation n’étant pas linéaire, le prévenir est une tâche ardue. Il peut survenir dans différents lieux et les personnes susceptibles de prendre ce chemin sont difficiles à identifier. En outre, toute politique de prévention peut aussi potentiellement accentuer la stigmatisation vis-à-vis d’une certaine communauté. C’est en partie la raison pour laquelle une coopération dans ce domaine incluant des acteurs de la sécurité et du politique mais aussi de la société civile est nécessaire.

La réforme du secteur de la sécurité fournit également un cadre et une approche systématique pour aider à réduire certains des moteurs de la radicalisation. Elle permet, entre autres, de soutenir une vision holistique, participative, inclusive de tous les acteurs. En ce sens, elle peut évaluer les institutions de sécurité et de justice afin de contribuer à leur transparence et intégrité, qui, si elles sont défaillantes, sont l’un des principaux moteurs de la radicalisation.

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