La RSS et l'appropriation locale - de la théorie à la pratique

15/05/2017 @ 15:53
par Ronnie Bradford

J'ai développé un intérêt qui m'a poussé à lire et à relire les nombreux documents relatifs à l'appropriation locale, publiés dans la newletter de cette semaine, le Digest. J'ai rédigé une dissertation de master sur ce sujet il y a de cela quelques années qui se focalisait sur le cas particulier de la RSS au Somaliland, où je travaille toujours. J'ai été cependant déçu de ne pas trouver de discussions ou de conseils concernant les difficultés majeures rencontrées dans l'application des principes d'appropriation locale dans un cadre pratique : si un programme RSS fait l'objet d'une appropriation locale authentique (par les autorités et communautés d'un Etat où il existe un besoin en RSS), celui-ci déviera inévitablement des "normes internationales" et de la conception des partenaires internationaux. Les locaux ont souvent leur propre perception et prennent leurs propres décisions, ce qui pousse l'orientation, le rythme et la nature du programme RSS à varier en conséquence. Cela signifie en pratique que : 

- La RSS jouissant d'une appropriation locale est un processus lent, modeste, imparfait et individuel, évoluant au fur et à mesure que les locaux acquièrent des capacités et de l'expérience, mais également peut-être plus susceptible d'être durable et en mesure d'améliorer les conditions de sécurité.

- Les bonnes opportunités pour le développement externe de la RSS se trouvent dans un rôle de soutien, avec une focalisation sur le renforcement des capacités individuelles et institutionnelles pour permettre aux acteurs locaux de mieux faire leur travail. Il peut y avoir une place pour les partenaires externes dans des domaines montrant des lacunes. Mais les décisions sur l'échelle, la direction, le contenu et le rythme de la réforme demeurent aux mains des locaux, pour les locaux et selon les conditions et standards locaux, indépendamment de la perception des partenaires internationaux.  

- La pertinence et la nécessité de concevoir des programmes et évaluations selon une approche occidentale typique peut être remise en question. Une approche évolutive, itérative, où les locaux choisissent les domaines où les marges de progression sont les plus grandes, rencontre souvent le succès escompté, dans la mesure des ressources souvent limitées et du contexte changeant d'un Etat fragile. Les programmes de Monitoring et Evaluation (M&E) doivent eux aussi être évolutifs, chaque pas, même limité, rendant la situation sécuritaire meilleure qu'auparavant aux yeux des locaux. 

Cela pose bien entendu un problème pour les partenaires internationaux. Combien d'entre eux sont prêts à accepter que les locaux mènent un programme de RSS lent, modeste, imparfait et évolutif, alors que leur propre système de management requiert des interventions clairement définies avec des délivrables spécifiques et précis? Au cours des dernières années, j'ai cherché en vain des discussions concernant cet aspect auxquelles je pourrais contribuer et desquelles je pourrais apprendre. Des idées?

Ronnie Bradford

09/06/2017 @ 15:18
by Ronnie Bradford

Cher David,

Ravi d'avoir de vos nouvelles. Pardon de prendre du temps pour répondre, mais j'etais occupé avec d'autres affaires. Merci pour avoir exposé votre sagesse avec clarté, comme toujours. Je suis sans aucun doute avec vous sur l'dée de voir la RSS plus comme un processus que nous pouvons appuyer que comme l'application de normes. Cependant cette idée ne nous aide pas avec ma question originale qui concernait la façon d'inciter les partenaires internationaux à se mettre d'accord pour travailler selon un mode de management et des cadres qui ne soient pas d'inspiration occidentale. Je pense que la solution est d'essayer de conserver une certaine distance entre les praticiens et les managers! J'ai, bien sur, passé plusieurs copies de votre livre à des représentants du Somaliland et à des officiers. Récemment, j'ai trouvé des copies très consultées et les ai passées à d'autres officiers. Donc merci aussi pour ça. 

Salutations, Ronnie

09/06/2017 @ 15:26
by Ronnie Bradford

Cher Jim,

Merci pour ces trois règles, claires et simples (une rareté). Je pense que nous les appliquons d'ores et déjà. Le plus difficile et d'essayer de récolter de nouvelles suggestions des locaux à mettre en application et de les faire rentrer dans le cadre prédéfini du "plan" de travail. Une formulation intelligente du plan, qui soit assez spécifique mais également flexible, est importante. Comme vous le suggérez, il faudrait suivre les propositions des locaux à moins qu'elles ne soient criminelles ou malhonnêtes. A vos règles, je pourrais en ajouter une quatrième : être prêt à ce que le travail accompli ne délivre pas les résultat escomptés et à accepter que l'apprentissage par la pratique (pas nécessairement son aboutissement) puisse être suffisant. 

Salutations, Ronnie

17/06/2017 @ 13:48
by Alwin van den Boogaard

Ronnie merci pour avoir ouvert cette discussion. Je voudrais ajouter quelques unes de mes expériences acquises au cours du processus de RSS au Burundi. Un processus auxquel j'ai participé pendant environ 9 ans. 

En lisant les autres réactions, et certainement celles à propos des normes, je me suis demandé si la RSS était à propos de normes ou plutôt à propos de comment utiliser les principes de bonne gouvernance au sein du spectre complet du secteur de la sécurité. Pour moi la RSS réside dans le fait d'ouvrir une discussion sur ces principes, expliquer leur valeur ajoutée et essayer d'avoir une discussion entre les institutions étatiques et non étatiques concernées et les personnes impliquées afin qu'ils puissent élaborer ensemble la manière dont ces principes puissent leur être bénéfique au regard du contexte spécifique, de la culture et de la situation. Une fois que les discussions commencent à porter leurs fruits, la direction dans laquelle, selon eux, les processus RSS doivent aller se manifeste clairement. Une fois que les discussions aboutissent à un mélange d'éléments contextuels et culturels (politiques) et de principes de bonne gouvernance, il devient impossible de prédire leur résultat. Le seul élément pèrévisible est en fait que le résultat des discussions sera unique et diffèrera de celui auxquel la communauté internationale s'attendait. Au plus la discussion est orientée vers une solution "prête à mettre en place" pour le partenaire, au moins elle sera adaptée et en parallèle le sentiment d'appropriation se réduira en même temps que la probabilité d'un résultat durable.

J'ai appris que le sentiment d'appropriation ou les raisons de participer au sein du processus RSS sont basés sur 3 questions principales : puis-je comprendre le processus, puis-je l'influencer et vais-je bénéficier de ces changements au cours du processus? Ces questions nous ont aidé à trouver des façons de permettre à la nature progressive de l'appropriation de se développer.     

La compréhension du processus RSS a été réalisé en investissant des efforts considérables dans l'explication du processus à toutes sortes d'institutions (étatiques et non étatiques) et aux organisations de la société civile. La plupart des formations techniques réalisées ont inclus une session d'une journée sur la RSS, indépendamment de la nature de la formation technique. Des cours intensifs d'une journée étaient délivrés à 20 participants à une seule condition : les participants devaient venir de plusieurs organisations, étatiques et non étatiques. Je ne me rappelle pas d'une seule demande pour la formation RSS qui ait été rejetée. 

Au début, la majorité des formations RSSont été réalisées par le staff international. Progressivement, nous avons réalisé les formations ensemble et à la fin, les formateurs en RSS étaient issus des anciens membres Burundais du programme. Le cours 1 en RSS de l'ISSAT a été traduit en Kirundi. A partir de là nous avons appris que les discussions pendant la formation ont été plus loin et étaient plus orientées vers le contexte que durant les formations réalisées par le staff international. 

Pour que les acteurs puissent influencer les processus RSS une compréhension du processus est requise, mais les gens ont également besoin d'être surs qu'ils peuvent exprimer leurs opinions. La confiance entre les participantsest nécessaire, cependant la confiance entre les organisations de la sécurité et la société civile est difficile à trouver dans un pays en situation de post conflit comme le Burundi. Dans les situations de post-conflit de nombreuses émotions doivent être exprimées. Les premières rencontres n'ont pas eu lieu dans une atmosphère très calme. Mais progressivement les discussions sont devenues davantage orientées sur des sujets spécifiques.

Influencer un processus nécessite d'être dans une position de décideur. Alors que l'appropriation est progressive et dans la mesure où elle est un processus en elle même, la structure et la façon dont le programme est rempli devraient s'adapter en conséquence. Nous avons changé la structure de notre programme de nombreuses fois et le personnel international (limité) a obtenu progressivement des positions de moins en moins importantes. Il faut donc avoir un personnel qui accepte la mise à l'écart progressive. 

non seulement éa structure et le staff ont besoin d'être flexible mais les contenus du programme RSS également. Le programme a besoin d'être flexible et adaptable pour que les résultats et discussions autour de la RSS puissent être exploités. Et afin d'être en mesure de montrer les résultats du programme le système de suivi et d'évaluation doit être focalisé sur le processus. 

Nul besoin de dire que cela prend du temps. Mais si vous voulez que le processus de RSS soit soutenable, vous avez besoin de temps.